Histoire des magnétiseurs : tout savoir sur les origines du magnétisme

Désigné tour à tour guérisseur, rebouteux, toucheur ou conjureur selon les époques, le magnétiseur est l’une des figures thérapeutiques les plus anciennes de l’humanité. D’abord vénéré dans les civilisations antiques, contesté au siècle des Lumières, puis progressivement réhabilité comme pratique de bien-être complémentaire, le magnétisme traverse les siècles sans jamais disparaître. Mais d’où vient ce mot, et quand sont apparus les premiers magnétiseurs dans l’histoire ? Remontons le temps à la recherche des premières traces.

Pourquoi dit-on « magnétisme » ? L’origine du mot

Le terme magnétisme vient du latin magnes, lui-même issu du grec magnēs lithos, qui signifie littéralement « pierre de Magnésie » – du nom d’une région d’Asie Mineure (aujourd’hui en Grèce) où l’on trouvait abondamment de la magnétite, la pierre d’aimant naturelle. Le mot fait son entrée dans la langue française en 1666.

Par analogie, le magnétiseur humain est « celui qui agit comme un aimant » : il capte, oriente et redistribue une énergie vitale – appelée « fluide » au XVIIIe siècle, « Qi » ou « Chi » en Asie – pour rééquilibrer l’organisme. Sous des noms différents selon les cultures et les continents, cette même idée fondamentale se retrouve dans toutes les civilisations humaines.

Le magnétisme dans les civilisations anciennes

Le premier réflexe de guérison de l’être humain a toujours été de poser les mains sur la douleur. C’est précisément cette intuition ancestrale qui constitue le socle de tous les soins par magnétisme.

L’Égypte ancienne : les premières traces écrites

Les vestiges les plus anciens du magnétisme proviennent du papyrus Ebers, découvert en 1862 à Louxor par l’égyptologue Georg Moritz Ebers – qui lui a donné son nom – mais rédigé sous le règne d’Amenhotep Ier au XVIe siècle avant Jésus-Christ. Ce traité médical de 20 mètres de long, l’un des plus volumineux et des plus anciens de l’histoire, contient cette instruction : « Pose ta main sur la douleur et dis très fort : ‘que la douleur s’en aille’ ».

Dans l’Égypte ancienne, les magnétiseurs occupaient une place éminente. Les prêtres, appelés Hiérophantes, pratiquaient l’imposition des mains sur les malades. Un autre papyrus, le Papyrus de Ennemoser, mentionne également le soin énergétique par les mains, et le Livre des Morts fait référence au magnétiseur avec cette phrase : « Je place les mains sur toi Osiris, pour ton bien, pour te faire vivre. » Les magnétiseurs momifiaient également les bandelettes funéraires pour accompagner le voyage du défunt, attestant d’un rôle central dans la vie spirituelle et médicale de la civilisation égyptienne.

La Grèce antique et le monde romain

Autour de 600 avant Jésus-Christ, le philosophe Thalès de Milet fut l’un des premiers penseurs à étudier le phénomène magnétique. Vers 500 avant J.-C., Pythagore reconnut l’existence d’un fluide énergétique guérisseur et s’adonnait lui-même à ces soins. En Grèce, des temples entiers étaient consacrés à la guérison par imposition des mains.

Chez les Romains, des temples accueillaient la pratique du magnétisme thérapeutique, et les textes anciens font référence aux « frictions » pratiquées par leurs guérisseurs.

Les textes sacrés, témoins universels

La Bible elle-même fait référence au pouvoir de guérison par imposition des mains. Dans l’Évangile selon Matthieu, on peut lire : « Il lui toucha donc la main et la fièvre le quitta. » Dans l’Évangile selon Luc : « Posant les mains sur chacun d’eux, il les guérissait. » Ces références montrent que la pratique était universellement reconnue bien au-delà d’une seule civilisation.

Le Moyen Âge : les rois thaumaturges, magnétiseurs couronnés

La période médiévale offre l’un des chapitres les plus fascinants de l’histoire des magnétiseurs avec la figure des rois thaumaturges – terme grec signifiant « faiseurs de miracles ».

Du XIe au XVIIIe siècle, les rois de France et d’Angleterre étaient réputés posséder un pouvoir de guérison par le simple toucher des mains. Ce rite, connu sous le nom de « toucher royal », s’exerçait principalement contre les écrouelles (une forme de tuberculose ganglionnaire). En France, la tradition est souvent rattachée à Louis VI le Gros (XIIe siècle), puis codifiée sous Saint Louis (1226-1270) qui touche les malades presque quotidiennement. La formule consacrée était : « Le roi te touche, Dieu te guérit ! »

Sous François Ier, en 1528, pas moins de 1 326 scrofuleux furent touchés en une seule cérémonie. En Angleterre, le roi Édouard III pratiquait le rite sur près de 500 malades par an. Ces chiffres témoignent de l’ampleur et de la légitimité sociale dont jouissaient alors les guérisseurs par imposition des mains, fussent-ils rois ou simples « passeurs de maux » dans les campagnes. Au Moyen Âge, les magnétiseurs populaires portaient d’ailleurs précisément ces noms : toucheurs, conjureurs, passeurs de maux ou de feu.

Charles X, sacré en 1825, fut le dernier roi de France à pratiquer ce rite.

Paracelse et la codification du magnétisme thérapeutique (XVe–XVIe siècle)

Paracelse (1493-1541), médecin, alchimiste et astrologue suisse, s’est longuement intéressé au magnétisme. Il conclut que le magnétisme peut agir sur le champ magnétique humain et permettre d’extraire les maladies du corps ou de les soulager. Paracelse est l’un des premiers à tenter une explication quasi-scientifique du phénomène, posant les bases du magnétisme thérapeutique tel que le développera Mesmer deux siècles plus tard.

Franz Anton Mesmer et la démocratisation du magnétisme (XVIIIe siècle)

Franz Anton Mesmer (1734-1815) est sans doute la figure la plus décisive de l’histoire des magnétiseurs. Ce médecin allemand s’installe à Paris en 1777 et publie en 1779 son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal. Il y développe l’idée que « la maladie résulte d’une mauvaise répartition du fluide énergétique dans le corps humain, et la guérison par le magnétisme revient à restaurer cet équilibre perdu. »

Mesmer attire à Paris des centaines de patients de tous horizons – militaires, avocats, religieux, artisans – et forme plus de cent magnétiseurs parmi les seigneurs de la cour. Son « baquet magnétique » devient l’instrument emblématique de la thérapie mesmérienne. Cependant, en 1784, une commission royale composée de Benjamin Franklin, Lavoisier et d’autres académiciens condamne officiellement sa doctrine, estimant que les guérisons relèvent de l’imagination des patients plutôt que d’un fluide réel. Malgré cette condamnation, l’héritage de Mesmer est considérable : il démocratise le magnétisme en France et inspire une génération entière de praticiens.

Les grandes figures du magnétisme au XIXe siècle

Après Mesmer, de nombreux disciples et praticiens ont structuré et diffusé la pratique du magnétisme :

  • Armand Marie Jacques de Puységur – officier-général formé par Mesmer, il découvre le somnambulisme magnétique, ouvrant la voie à l’hypnose
  • Joseph Philippe François Deleuze (1753-1835) – il codifie et systématise la pratique du magnétisme de Mesmer dans un Manuel d’instruction pratique (1845)
  • Louis-Alphonse Cahagnet – auteur en 1849 du Guide du Magnétiseur ou Procédés Magnétiques d’après Mesmer, Puységur et Deleuze
  • Charles Lafontaine – magnétiseur franco-suisse, auteur de L’art de magnétiser (1852) ; il influencera directement James Braid dans la découverte de l’hypnose
  • Le Baron du Potet – exporte le magnétisme en Angleterre en 1837 en éditant le Journal du Magnétisme, et publie en 1868 son Manuel de l’Étudiant Magnétiseur, encore consulté aujourd’hui
  • Denis Jules Dupotet – magnétiseur français majeur du XIXe siècle
  • Martorel – chirurgien-dentiste qui, dès 1819, réalise des opérations sur des patients magnétisés pour les épargner de la douleur, préfigurant l’anesthésie moderne

Les ouvrages fondateurs de l’histoire des magnétiseurs

Ces titres constituent la bibliothèque de référence pour tout praticien souhaitant comprendre les racines du magnétisme :

  1. Mémoire sur la découverte du Magnétisme Animal – Franz Anton Mesmer (1779)
  2. Mémoires pour servir à l’histoire et à l’établissement du Magnétisme Animal – Chastenet de Puységur (1820)
  3. Guide du Magnétiseur ou Procédés Magnétiques d’après Mesmer, Puységur et Deleuze – Louis-Alphonse Cahagnet (1849)
  4. Manuel d’Instruction Pratique sur le Magnétisme Animal – Joseph Philippe François Deleuze (1845)
  5. L’art de magnétiser – Charles Lafontaine (1852)
  6. Manuel de l’Étudiant Magnétiseur – Le Baron du Potet (1868)

Le magnétiseur aujourd’hui : un praticien de bien-être reconnu

En France, le magnétisme s’exerce aujourd’hui dans le cadre des pratiques de soins non conventionnelles (PNCS). La profession n’est pas réglementée au sens du Code de la santé publique – aucun diplôme d’État n’est requis — mais elle s’inscrit dans un cadre déontologique clair : le magnétiseur accompagne sans diagnostiquer ni prescrire, et oriente vers un médecin lorsque la situation le nécessite. Loin d’être marginale, la pratique est de plus en plus reconnue comme soin complémentaire, et il n’est pas rare que des médecins la recommandent en parallèle d’un traitement conventionnel.

La grande évolution de ces dernières décennies concerne le magnétisme à distance. Longtemps pratiqué exclusivement en cabinet, le magnétisme s’exerce désormais à distance – sur photo ou par échange préalable – avec des résultats aussi efficaces qu’en présentiel. La relation de confiance entre le praticien et son patient se construit lors des échanges qui précèdent la séance, garantissant un accompagnement personnalisé même sans présence physique.

Questions fréquentes sur l’histoire des magnétiseurs

Qui a inventé le magnétisme ?
Aucune invention à proprement parler : le magnétisme est aussi vieux que l’humanité. Le papyrus Ebers (XVIe siècle avant J.-C.) en est la première trace écrite. C’est Franz Anton Mesmer qui, en 1779, en a proposé la première théorisation scientifique sous le nom de « magnétisme animal ».

Depuis quand existe le magnétisme ?
Les premières traces écrites remontent à plus de 3 500 ans, dans l’Égypte ancienne. Mais la pratique d’imposition des mains pour guérir est probablement aussi ancienne que l’espèce humaine.

Qu’est-ce que le magnétisme animal ?
C’est le terme utilisé par Mesmer au XVIIIe siècle pour désigner le fluide universel présent dans tous les êtres vivants et dont la mauvaise circulation serait à l’origine des maladies. Bien que la commission de 1784 ait réfuté son existence physique, ce concept a structuré toute la pensée magnétique moderne.

Quelle est la différence entre magnétiseur et guérisseur ?
Les termes sont souvent synonymes. « Guérisseur » est le terme générique (rebouteux, toucheur, conjureur au Moyen Âge) ; « magnétiseur » désigne plus précisément un praticien qui travaille par imposition des mains ou passes magnétiques pour rééquilibrer le fluide vital.